Intervention à la Région sur « l’agenda 21 »

Conseil régional Midi-Pyrénées – Assemblée du 19 décembre 2012

Intervention de Guilhem Serieys sur « L’agenda 21 nouvelle génération »

Le « développement durable » n’est pas une mesure parmi d’autres. Ce doit être une ligne directrice de l’action publique. Dans tout domaine de l’action régionale doit intervenir la question du rapport à l’humain et à son écosystème.

Finalement, le développement durable c’est le rôle fondamental de la collectivité : orienter la société vers des modes de vie et de production respectueux de l’humain et de la nature. Il ne doit pas s’agir d’une couche qu’on ajoute pour agrémenter une politique.

L’agenda 21 doit œuvrer en priorité pour la lutte contre la pauvreté tout en intégrant la question de la préservation des ressources et les logiques de production et de consommation durables

Le développement durable conséquent, c’est un autre modèle de société, alternatif au tout libéral. C’est pourquoi nous préférons parler d’écosocialisme plutôt que de développement durable. Mais c’est un autre débat.

En tout état de cause, la nécessaire conduite du changement que vous proposez avec ce projet d’Agenda 21 ne peut reposer sur les ressorts du capitalisme que sont le productivisme et la libre-concurrence. La puissance publique doit l’organiser sur le temps long de la définition de la stratégie territoriale et le contenu des politiques publiques. Développement durable doit rimer avec intérêt général, service public et solidarité. Je prendrais l’exemple des transports. Comment imaginer préserver et même reconstruire des liaisons d’aménagements du territoire pour limiter l’usage de la voiture, permettre la mobilité si nous ne nous opposons pas aux paquets ferroviaires européens qui prévoient la mise en concurrence de la SNCF avec des opérateurs privés qui conduiraient à la concentration de l’offre ferroviaire sur les seules lignes rentables. De la même manière, comment lutter contre la précarité énergétique sauf à ce que la puissance publique investisse des milliards d’euros pour la rénovation énergétique ? Ainsi le développement durable n’est pas compatible avec l’austérité.

Nous reconnaissons les aspects positifs de l’agenda 21. Nous approuvons ses différents axes, j’irais même jusqu’à dire que les actions qui y sont associées vont dans le bon sens et sont ambitieuses. Seulement voilà, les valeurs et l’orientation politique qui valent pour le développement durable doivent s’appliquer à l’ensemble de la politique régionale. On ne peut pas faire du développement durable à la carte selon les compétences ou alors seulement des actions qui ne seraient pas intégrées dans une politique globale et cohérente sur cette question.

Par exemple, l’axe 1 du rapport défend l’idée d’une économie « adaptée aux contraintes et aux besoins ». Or les orientations économiques de la région relèvent davantage d’une volonté d’acquérir ou de conserver des part de marché à l’échelle nationale et internationale plutôt qu’à répondre aux besoins humains et sociaux identifiés. Cette politique de l’offre, tournée vers la concurrence internationale concentre de nombreux moyens engagés par la région. Elle favorise des pôles de compétitivité tournés vers l’extérieur plutôt que la relocalisation de l’économie. Là encore l’axe 2 qui veut une « qualité de vie équitablement répartie sur le territoire » se trouve en contradiction avec la volonté de singer une « Silicon Valley » à la française qui elle, entre aussi logiquement en contradiction avec les Axes 4 et 5 : la préservation des ressources, et la lutte contre le changement climatique.

Cette même logique s’applique malheureusement à l’agriculture, principalement du fait  des aides européennes qui favorisent une agriculture intensive destinée à l’exportation. C’est pourquoi les efforts de la région doivent se concentrer davantage, prioritairement selon nous, sur l’agriculture paysanne créatrice d’emplois sur la base de bassins de vie.

Bref, des mesures les plus symboliques, comme les concours à l’exportation, jusqu’aux mesures les plus coûteuses, comme l’argent investit dans les filières ou les pôles de compétitivité, l’essentiel de l’action régionale en matière économique entre en contradiction avec le nouveau modèle de production que le développement durable appelle à construire.

Nous prônons donc un complet renversement de la logique qui prévaut aujourd’hui. Nous devons concentrer nos efforts humains et financiers pour créer des circuits courts, relocaliser l’activité et donc l’emploi. Nos politiques publiques, des plus symboliques aux plus onéreuses, doivent aller dans ce sens et s’appuyer sur l’identification des besoins des habitants de notre région et viser à raccourcir les distances parcourues par les produits, de la matière première à la distribution en passant par la transformation. 2 filières mériteraient au moins la construction et l’adoption de plans à la relocalisation : la filière bois et l’agroalimentaire avec la question de l’abattage et de la transformation.

Il ne s’agit pas de s’enfermer sur nous-mêmes ou de se regarder le nombril. C’est d’ailleurs l’inverse, nous n’entendons pas le développement de la région dans le cadre de la concurrence avec les autres, françaises comme européennes. Acceptons que la collectivité n’ait pas à participer à cette course irrationnelle qu’organise le modèle de production capitaliste et qui a pour principal corolaire le piétinement des conditions sociales, environnementales, et par conséquent soutenables, de production.

Nous pourrions appuyer cette nouvelle orientation économique sur des monnaies locales complémentaires qui se créent en divers endroits de la région et qui mécaniquement favorisent la constitution de filières respectueuses de l’humain et de la nature, donnent du sens à l’échange marchant et raccourcissent et humanisent les circuits. Ce serait le rôle de la puissance publique selon nous.

Ce serait également faire de l’économie un outil de citoyenneté, de solidarité, de partage. Un outil permettant à chacun de s’approprier les règles monétaires, de les intégrer, de peser collectivement dans ses orientations. Bref, nous pouvons faire de l’économie régionale un outil politique contre la pauvreté, la catastrophe climatique, la crise économique et sociale, et les discriminations de toutes sortes.

En conclusion, si ce schéma va dans le bon sens, sa logique doit donc irriguer l’ensemble de l’action régionale, c’est dans ce sens que nous aimerions qu’il évolue.

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Militant au Parti de Gauche

Parti de gauche