Intervention de Guilhem Serieys contre le Plan régional « robotique et drones »

Assemblée plénière du Conseil Régional Midi-Pyrénées – 14 novembre 2014

 Plan régional « robotique et drones » : vote contre du Front de Gauche

Intervention de Guilhem Serieys

 

Monsieur le président,

Vous avez estimé tout à l’heure qu’il s’agit d’une position « citoyenne » des collectivités que de participer à la réduction du déficit du pays. Vous avez affirmé aussi que tout le monde est d’accord pour la réduction de la dépense publique et vous êtes alarmé que celle-ci représente 57% du PIB, proportion la plus importante des pays de l’Union européenne.

Permettez-moi de prolonger votre raisonnement. Plus de la moitié de cette dépense publique représentant 57% du PIB est constituée par le budget de la sécurité sociale. Faudrait-il réduire ce budget quitte à ouvrir les branches maladie et vieillesse aux assurances et fonds de pensions ? Ca ne signifierait en rien une économie pour le pays et encore moins pour les français. Je vous rappelle aussi que l’augmentation de la dépense publique depuis 4 ans s’explique surtout par la décision de « sauvetage » du système bancaire en 2008 sur fonds publics. Enfin, l’augmentation de la dette depuis 10 ans n’est pas la conséquence d’une augmentation des dépenses mais la conséquence de la baisse des recettes expliquée par la multiplication des cadeaux fiscaux aux plus riches et le ralentissement de l’activité économique. Si bien que la politique d’austérité que vous présentez comme seul choix possible ne peut même pas permettre de réduire la dette puisqu’elle fait reculer l’activité économique et donc les rentrées fiscales.

 

J’en viens au Plan Régional Robotique et Drones que vous nous présentez. Il soulève un certain nombre de questions au groupe Front de Gauche. Ce ne sont pas des questions anodines, elles relèvent d’une conception de la société et du progrès. Sur quels piliers l’action régionale doit s’appuyer dans la perspective d’une action sociale et écologique ?

 

Bien sûr, nous sommes favorables à l’accompagnement et à l’impulsion des progrès technologique permis grâce à notre industrie de pointe. Nous y sommes favorables mais pas à n’importe quelle condition et pas pour n’importe quelle finalité. Le progrès technologique doit être au service de l’humain. Il doit permettre d’améliorer les conditions de vie, de travail, être des vecteur d’émancipation et de liberté, de transition écologique. Le document que vous présentez évoque d’ailleurs ce que la robotique a permis d’offrir par exemple aux personnes dépendantes.

C’est cela que nous attendons d’une industrie dans laquelle la région, en tant que puissance publique, s’engerait. C’est en général, ce qu’on attendrait de toute industrie d’ailleurs : réfléchir à la finalité de sa production, à sa plus-value sociétale et non simplement à la rentabilité qu’elle peut générer dont le profit est généralement accaparé par une poignée de personnes.

 

Nous défendons une politique industrielle et d’innovation qui se pose d’abord la question des besoins humains, fondée sur la demande et non une politique industrielle de l’offre compétitive qui est celle menée par le gouvernement. C’est une caricature avec 20 milliards d’euros de crédit d’impôts accordés aux entreprises, quelle que soit ce qui est produit et sans aucune contrepartie sociale ou environnementale. Totalement injuste socialement puisque financée pour une large part par l’augmentation de la TVA, cette politique est aussi inefficace économiquement par manque de débouchés puisque la consommation intérieure baisse du fait de la diminution du pouvoir d’achat et que les économies de nos voisins se contractent également du fait des politiques d’austérités en Europe. A l’inverse, les économies les plus dynamiques sont celles des pays qui font le choix de la relance de l’investissement et l’augmentation de la demande intérieure par l’augmentation des salaires.

 

Si je vous parle de cela ce n’est pas anodin. C’est que nous ne devons pas reproduire ces mécanismes déficients en engageant des moyens dans les industries dans l’objectif central de conquérir des « parts de marchés » régionale et centrer nos efforts vers l’exportation. Nous refusons aussi ce corolaire de la politique de l’offre: produire pour le profit, puis susciter des besoins pour absorber cette production par le matraquage publicitaire et le consumérisme.

 

Notre démarche doit être l’inverse : analyser les besoins, et y répondre par l’engagement de la puissance publique comme stratège. Nous sommes donc favorables au développement de « fab lab » et laboratoires d’usages mais force est de constater que le plan analyse la robotique et les drones davantage comme une source de développement économique basée sur l’offre dans la compétition internationale et non sur une définition des besoins humains à satisfaire.

 

Le second aspect que nous refusons concerne également la finalité de la production. Le développement de la robotique et des drones a un lien certain avec l’industrie militaire. Le document ne s’en cache pas d’ailleurs, en précisant, et il a raison, que ces technologies sont devenues « duales ». À comprendre : « elles peuvent être utilisées à des fins civiles comme militaires ».

Aucune garanti n’est donnée aujourd’hui que ce plan régional ne favorisera pas le développement de technologies militaires, de défense ou de surveillance. Je dirais même qu’il évoque clairement cette possibilité à travers la convention passée le 17 juin avec le Ministère de la Défense qui « promeut le déploiement d’actions conjointes d’animation et d’appui au développement de technologies duales ». Duales donc aussi militaires.

 

La technologie que nous appuyons doit être au service exclusif du progrès humain. Ce qui concerne la Défense nationale ne concerne pas la région et encore moins les entreprises privées. Ce doit être du domaine exclusif de l’Etat.

C’est pourquoi nous voterons contre ce Plan régional.

 

 

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Militant au Parti de Gauche

Parti de gauche