Austérité, victoires du Front de Gauche et vie démocratique à la Région

Compte-rendu de l’Assemblée Plénière du Conseil régional Midi-Pyrénées

Examen du budget primitif 2013 – Jeudi 20 décembre 2012

 Austérité, victoires du Front de Gauche et vie démocratique à la Région

Par Guilhem SERIEYS, conseiller régional Parti de Gauche – Front de Gauche

 Avant-propos

Cette séance devait permettre l’adoption du budget de la Région après un long travail de préparation dans la majorité régionale et ses différents groupes politiques. Le Front de Gauche agit depuis le début du mandat dans un état d’esprit autonome et conquérant au service des territoires, de l’écologie et des populations. Les élus FDG ont d’ailleurs obtenu plusieurs victoires politiques en rassemblant la majorité de gauche sur leurs positions. C’est ainsi que le Conseil régional a adopté une conditionnalité sociale et écologique des aides et la généralisation des avances remboursables à la place des subventions aux entreprises, la mise en place d’une caution solidaire pour l’accès des étudiants au logement ou encore la poursuite d’un effort exceptionnel pour le rail. Ils ont aussi permis de peser pour la défense des services publics dans le mémorandum européen, le refus de la casse des hôpitaux de proximité, la défense de la formation publique initiale contre le tout apprentissage… Récemment, en s’appuyant sur la mobilisation citoyenne autour des Sanofi, ils sont parvenus à faire adopter un vœu pour une loi d’interdiction des licenciements boursiers.

C’est ainsi, qu’ils ont participé aux discussions budgétaires dans la majorité en mettant en avant 4 objectifs majeurs :

–          La nécessité de ne pas consentir à une politique d’austérité qui met en danger le maintien et le développement de nos politiques dans un contexte où les besoins des populations sont croissants. Les 60 milliards d’économie annoncés par le gouvernement et la baisse des dotations aux collectivités de 2,5 milliards, conséquence de l’adoption du Traité budgétaire européen, ne peuvent que conduire à  un ralentissement de l’activité économique, à l’augmentation du chômage et de la précarité dans nos territoires. D’une manière générale, nous demandons à la majorité de gauche de ne pas accepter sous Hollande ce qu’elle refusait sous Sarkozy…

–          Le maintien des grands équilibres de solidarité de la politique régionale, en particulier le maintien des budgets qui impactent directement la vie des gens comme les politiques territoriales, l’aide aux communes, la culture, le sport, l’éducation populaire, la santé, l’aide sociale, la politique de la ville… Nous avons plusieurs fois dans les réunions de majorité exprimé la nécessité de relancer nos interventions et donc notre désaccord avec l’augmentation proposée du budget d’à peine 1% en fonctionnement, c’est-à-dire moins que l’inflation.

–          La mise en place d’une mesure forte, dans le cadre des compétences régionales, pour participer à la lutte contre la précarité. Nous avons donc bataillé pour la mise en place d’une tarification sociale de la restauration scolaire des lycéens. En effet, des lycéens ne mangent pas à la cantine pour raison financière. L’accès de tous les jeunes à une alimentation suffisante et de qualité est un enjeu social et éducatif.

–          En finir avec les subventions facultatives aux lycées privés. Au total, la Région subventionne l’enseignement privé à hauteur de 1,3 millions d’euros au- delà de ce que prévoit la loi. La gauche ne peut pas accepter des mesures de coupes budgétaires sans commencer par donner la priorité à l’enseignement public dans l’utilisation de l’argent public.

Avant d’en arriver à l’Assemblée plénière, les élus du Font de Gauche ont participé à 2 séminaires de la majorité et 3 rencontres avec Martin Malvy pour mettre en avant et expliquer notre démarche. C’est ainsi que nous sommes parvenus à faire reprendre en partie notre proposition de tarification sociale des cantines puisque M. Malvy a finalement ouvert une ligne budgétaire à cet effet de 500 000 euros intitulée « fond social lycéen ». C’est une victoire du Front de Gauche. Nous sommes aussi parvenus à restreindre la diminution des budgets des politiques territoriales et de la politique de la ville qui accusaient initialement de fortes baisses.

La séance :

10h – 17h : Discours d’ouverture de Martin Malvy, interventions des différents groupes politiques.

Nicole Frechou pour le Front de gauche a la chance de parler avant les autres groupes. Elle marque clairement notre opposition à la politique d’austérité du gouvernement, regrette le manque d’ambition du budget régional qui, après la victoire de la gauche à la présidentielle et aux législatives, aurait du relancer les interventions de la Région. En effet, la plupart des chapitres budgétaires sont en baisse sauf les transports, l’environnement et la formation professionnelle. Elle remet en cause le choix de la Région d’emprunter sur les marchés financiers, aboutissant à un contrôle des choix politiques régionaux par les agences de notations.

Elle se félicite que notre proposition de tarification sociale de la cantine ait été partiellement reprise dans le budget avec 500 000 proposés à la création d’un « fond social lycéen ».

Elle annonce nos amendements budgétaires et que notre vote sera décidé après l’examen de ceux-ci.

M. Malvy répond ensuite à l’ensemble des interventions. Pour ce qui nous concerne, il dit partager une bonne partie de nos propos mais il assume un désaccord de fond avec l’intervention de Nicole, cette dernière ayant déclaré que « la dette est un prétexte ». Pour M. Malvy, « la dette est réelle, devra être remboursée et oblige à des économies dans les dépenses publiques. Les intérêts de la dette dépassent  le produit de l’impôt sur le revenu ». Après discussion rapide avec Marie-Pierre Vieu, nous renonçons à répondre sur ce point. Bien sur, le problème serait réglé si la BCE prêtait directement aux Etats au taux de 1% au lieu qu’elle ne prête à ce taux aux banques privées qui prêtent ensuite aux Etats à des taux usuriers. Mais nous savons que l’essentiel de la bataille en séance est à venir, et puis il n’est pas dans les habitudes de reprendre la parole après que le Président ait conclu un point à l’ordre du jour… A la demande de Nicole d’utiliser les marges de manœuvres de la Région pour soutenir les territoires et les populations, M. Malvy répondra qu’ « on ne peut pas nous endetter davantage ». Pourtant, Midi-Pyrénées est une des régions les moins endettées de France avec une dette par habitant de 98 euros. Il prendra l’exemple de la Catalogne qui n’est « même pas en mesure de payer sa cotisation  de 500 000 euros à l’eurorégion ». Mais il n’en tire pas comme conséquence la dangerosité d’une régionalisation trop poussée…

17h : début de l’examen des amendements

Le groupe Front de Gauche a déposé 6 amendements :

– 1er amendement : Basculer les financements facultatifs des lycées privés vers les lycées publics.

– 2ème : Inscrire 1 millions d’euros pour la tarification sociale des cantines avec une aide ciblée vers les 20% de familles de lycéens les plus précarisés

– 3ème : Retirer 200 000 euros du chapitre « industrie » pour augmenter d’autant la politique  aide aux particuliers qui effectuent des travaux d’énergie »

– 4ème : Retirer 800 000 euros des lignes « travaux dans les CFA, agro-alimentaire et lycées privés pour les affecter à l’éducation populaire, au fond social lycéen et à la politique de la ville.

– 5ème : Dans le rapport de présentation du budget, insérer « Le Conseil régional mandate le Président du Conseil régional pour prendre toutes les mesures, y compris juridiques, pour obtenir le remboursement des 197 millions de charges nettes non compensées par l’Etat au titre de la phase 2 de la décentralisation. Cet amendement est un condensé plus ouvert vis-à-vis du PS d’un amendement voté par la Région Ile de France.

-6ème : Ajouter page 2 « Le Conseil régional demande au gouvernement et aux parlementaires qu’il soit mis fin au gel des dotations versées par l’Etat aux collectivités et que leur progression soit désormais au minimum du montant de l’inflation ».

M. Malvy ouvre la discussion du premier amendement. Je présente donc l’amendement qui propose la fin des subventions facultatives aux lycées privés. Les contribuables payent, souvent sans le savoir, l’enseignement privé. 7 milliards du budget de l’Etat lui est consacré. La région est dans l’obligation de participer selon des critères définis par la loi, au fonctionnement des lycées privés. Mais la loi ne prévoit pas une participation de la Région aux budgets d’équipements et de travaux des lycées privés puisque la participation des familles est prévue à cet effet. D’ailleurs, tous les lycées privés de la région font payer des frais d’inscription pour cela. C’est pourquoi je propose donc de réaffecter les subventions facultatives au privé vers les lycées publics.

 Guillaume Cros, président du groupe EELV, demande une interruption de séance, afin d’examiner les amendements qui ont été déposé par le groupe PS. Il s’agit de deux amendements visant à remplacer nos amendements 5 et 6 en les privant de leur sens.

L’interruption de séance est de droit et donc acceptée. Le groupe EELV, lui, a déposé la bagatelle de 32 amendements. Bien sur, il est curieux de déposer autant d’amendements au budget alors que le groupe EELV n’exprime aucun clivage de fond avec le PS, comme ce fut encore le cas  dans les interventions budgétaires. Pour autant, cela leur permet d’exprimer leur spécificité et que la discussion budgétaire ne soit pas une simple formalité mais un exercice de débat.

Reprise de la séance, Bernard Raynaud pour le PRG demande la parole. Il fait une déclaration au nom de son groupe. Il estime ridicule le dépôt d’autant d’amendements par des élus de la majorité. Puisqu’il y’a eu des réunions budgétaires préparatoires dans le cadre de la majorité, il n’y a aucune raison d’examiner des amendements de groupes de la majorité. « On ne peut pas considérer dans ces conditions qu’il s’agit d’une majorité déclare t’il. Il annonce que le groupe PRG ne participera au vote d’aucun des amendements.

C’est une position typique d’élus locaux pour qui la démocratie se résume trop souvent au moment électoral. Une fois élus, la vie de l’institution devrait être séparée de la vie réelle et des débats qui traversent la gauche et la société. Ou alors, si discussions il doit y avoir, ce doit être dans des cadres privés et feutrés comme les « séminaires de la majorité ». Pourtant à l’évidence, si les séances des assemblées élus sont publiques, c’est justement pour assurer la publicité des débats et permettre aux citoyens d’être informés et leur permettre de suivre les positions défendues par les élus qui sont sensés agir en leur nom.

Guillaume Cros prend la parole pour justifier le dépôt d’amendements par son groupe au nom du débat démocratique. Il rappelle à juste titre qu’à l’Assemblée Nationale, le groupe PS présente bien des amendements pour modifier des projets de loi proposés par le gouvernement. Malheureusement, il nous met tous dans une position de faiblesse en déclarant qu’EELV votera le budget de la Région même si aucun de leurs amendements n’est voté (sic).

Thierry Suaud, président du groupe socialiste, demande à son tour une interruption de séance. Etonnés par cette demande et la nervosité de certains élus PS, nous en profitons pour discuter avec des élus d’EELV pour voir sur quels amendements, nous pouvons batailler ensemble. C’est en discutant avec un Gérard Onesta ricaneur que je comprends quelle mouche a piqué nos collègues socialistes. En fait, sans les voix du PRG, le PS ne dispose pas de majorité dans l’Assemblée, nous sommes donc en position de force pour obtenir des majorités sur des amendements. En fait, le PS discute surtout avec le PRG pour s’accorder sur une stratégie commune.

Reprise de la séance, Thierry Suaud annonce que les élus socialistes voteront contre tous les amendements déposés par EELV et le Front de Gauche, considérant que les discussions internes à la majorité avaient déjà eu lieu. Il annonce aussi le retrait de 2 sous amendements qu’ils avaient proposé suite à nos amendements 5 et 6. En bon bagage du PS, le PRG s’exprime ensuite pour annoncer qu’ils voteront comme les socialistes, c’est-à-dire contre tous les amendements. C’est ainsi, avant même le début de tout débat sur les amendements, que les élus d’EELV et du Front de Gauche comprennent qu’ils ont travaillé de longues heures pour rien. Il faut comprendre que pour ce qui nous concerne, aucun de nos amendements n’est destiné à créer des séparations idéologiques ou mettre en scène des postures. Nous avons préparé nos amendements dans l’idée de permettre leur adoption. Ils sont donc financés et mesurés. Nous n’avons pas déposés d’amendements dont nous savions à l’avance qu’ils ne pourraient obtenir de majorité. On peut aussi imaginé de modifier des amendements en séance en cherchant des compromis avec les autres groupes de la majorité.

En tout cas, les groupes Front de Gauche et EELV se trouvent confrontés à une manœuvre d’obstruction démocratique qui va les lier fortement dans l’Assemblée de ce jour et je le pense pour la suite du mandat. L’humour viendra à la rescousse d’élus désabusés : « On a trouvé l’utilité politique du PRG : unir EELV et le Front de Gauche ».

Je demande la parole pour exprimer une réaction pour les élus FDG. Je défends l’importance de l’expression publique du débat démocratique au sein de l’Assemblée. Je rappelle ensuite que la plupart des conseils régionaux étudient et adoptent leur budget chapitre par chapitre. En Midi-Pyrénées, le budget est discuté et voté dans sa globalité. Le dépôt d’amendements est donc la seule méthode qui permet d’échanger et travailler le budget dans ses détails, au-delà des analyses générales des interventions des groupes. Ce travail doit donc être respecté et apprécié. Pour notre part, il ne s’agit pas de mettre en scène des postures mais d’être loyaux vis-à-vis de nos électeurs et constructifs vis-à-vis des autres composantes de la majorité. Dans la majorité, nos positions ne sont pas nouvelles, nous les avons exprimé lors de plusieurs réunions et même pour certaines lors de l’adoption du budget 2012. On ne peut donc pas nous reprocher de proposer des amendements au dernier moment. Quand à nos électeurs qui se sont exprimés pour le Front de Gauche au premier tour des élections régionales de 2010, ils méritent que leurs élus puissent jouer leur rôle pour mettre en œuvre un maximum de leurs engagements. Ils méritent surtout que nos débats soient publics, assumés et non cachés derrière l’unanimité d’une majorité au garde à vous. L’annonce du PS et du PRG de voter contre tous les amendements revient à retirer tout l’intérêt du débat et de la discussion argumentée qui est de pouvoir se convaincre entre personne conscientes et réfléchies pour définir ensemble l’intérêt général. C’est pourquoi nous déplorons la méthode d’obstruction démocratique des groupes PS et PRG.

L’amendement sur la fin des subventions facultatives aux lycées privés est mis au vote. Il recueille les 7 voix des élus du Front de Gauche. Tous les élus PS votent contre  et les élus EELV s’abstiennent alors qu’on pensait pouvoir les trouver avec nous.

Nicole Frechou présente ensuite l’amendement sur la tarification sociale des cantines des lycées. M. Malvy a déjà intégré au budget 500 000 euros  pour le « fond social lycéen » destiné à aider les familles qui en feront la demande. C’est une victoire obtenue par le Front de Gauche mais elle ne nous satisfait pas pleinement. C’est mieux que rien mais nous ne voulons pas aider les familles les plus  précaires pas des aides sociales au cas par cas mais par l’ouverture de nouveaux droits. D’ailleurs, par dignité, de nombreuses familles dans le besoin n’osent pas aller voir une assistante sociale. C’est pourquoi nous proposons d’attribuer 1 million d’euros pour aider directement pour le paiement de la cantine les 20% de familles de lycéens les plus pauvres. Cette mesure serait transitoire avant une tarification sociale de la cantine généralisée en 2014.

L’amendement est mis au vote. 23 pour, 58 contre, 9 abstentions. Les élus EELV ont donc voté avec nous cette fois.

S’en suit l’examen des 20 amendements d’EELV. Ils ont fait un travail préparatoire très important. Malgré le mépris affiché par des élus PS et PRG,  ils présenteront de façon argumentée chacun de leurs amendements une bonne partie de la soirée. Nous en voterons la plupart. Le PS et le PRG aucun, conformément à leur accord.

Pour terminer, Nicole Fréchou défend les derniers amendements proposés par le groupe FDG. Il s’agit d’affecter 200 000€ de l’investissement pour l’industrie vers l’aide aux particuliers pour les aider, notamment en zone rurale, à effectuer des travaux aux fins d’économies d’énergies.

Le dernier amendement consiste à réaffecter en fonctionnement 800 000€ en soutien aux politiques territoriales, les chapitres budgétaires en baisse sensible.

Tous les amendements proposés par le groupe FDG sont financés en réduisant les lignes budgétaires destinées aux relations publiques, publicités, promotions diverses, aucune réduction de postes importants n’est envisagée.

A 22h, les amendements affectant la structure du budget sont épuisés et tous rejetés. Christian Piquet présente alors le 5ème amendement du FDG visant à demander à l’Etat le remboursement des charges nouvelles non compensées suite aux lois de décentralisation de 2005, évaluées à 197 millions. Christian sort du cadre de l’amendement pour s’inquiéter que le procédé du PS et du PRG conduise à affaiblir la majorité régionale. Il « souhaite le rassemblement de la gauche en cherchant le consensus et le compromis ». Rappelant que cet amendement est un condensé plus ouvert d’un amendement qui été voté la veille au Conseil régional d’Ile de France, il estime que cet amendement peut réaliser « le consensus positif dans la majorité ». M. Malvy s’inquiète que l’amendement fasse référence au plan « juridique » pour obtenir le remboursement des charges non compensées par l’Etat.

Thierry Suaud propose alors de déposer à nouveau un amendement du groupe PS qui avait été retiré, destiné à permettre de rapprocher les points de vues sur ce point des charges non compensées. Un échange a donc lieu pour chercher un compromis. L’amendement du Front de Gauche, amputé de la référence à l’aspect « juridique » sur proposition de Charles Marziani, est intégré à l’amendement du PS. Au final, l’amendement ne fait pas référence à la demande de remboursement des 197 millions  de dettes de l’Etat.  Sa portée est donc  faible par rapport à l’objectif initial du Front de Gauche. L’amendement fusionné sera adopté à l’unanimité de la majorité.

Au moment de soumettre le budget au vote, Marie-Pierre Vieu demande une suspension de séance pour permettre au groupe FDG de se concerter. Depuis plusieurs semaines, les 7 élus du Front de Gauche se rencontrent régulièrement et travaillent collectivement à préparer et mettre en forme leurs propositions budgétaires. Nous avons plusieurs fois discuté du vote final du groupe, dans un climat serein où l’argumentation politique domine les caractères, trajectoires et appartenances partisanes de chacun de ses membres. L’idée dominant nos échanges était la nécessité sur le vote du budget d’exprimer formellement notre refus du cadre austéritaire imposé par le gouvernement à la Région. De plus, l’alternative au social-libéralisme qu’entend construire et rendre majoritaire le Front de Gauche impose aussi des actes politiques dans les collectivités, pour faire vivre notre indépendance par rapport à une approche « gestionnaire », relais des orientations gouvernementales. Mais nous avions décidé d’aller plus loin que cette position de principe avec nos amendements. Si nous avions gagné la fin des subventions facultatives au privé ou le million d’euros en aides aux familles pour la cantine, un vote positif pouvait s’envisager. Nous nous connaissons déjà suffisamment bien pour savoir gérer nos désaccords ponctuels. Nos différences de vues sur le vote du budget ne menacent d’aucune manière l’unité et l’utilité de notre groupe politique en Midi-Pyrénées et pour nos concitoyens.

Puisque l’Assemblée budgétaire n’a permis aucun mouvement par rapport au budget initial, Martine Perez, Nicole Frechou, Marie-Pierre Vieu et moi-même sommes sur la proposition de l’abstention pour refuser de consentir à l’austérité imposée par le gouvernement, regretter le manque d’ambition du budget régional, donner un signal d’alerte et d’alternative, tout en actant les avancées obtenues par le FDG. Nous proposons que le groupe s’unisse sur cette position, tout en affirmant notre participation à la majorité. Charles Marziani votera pour, il faut dire que sa position est singulière. Vice-président de la Région avec la délégation des transports et donc des moyens d’actions politiques très important au service de nos idées. Nous avions déjà discuté de la possibilité pour le groupe de s’abstenir tout en ne mettant pas en difficulté la participation de Charles à l’exécutif. Mais Jeanne Jimenez nous dit vouloir voter elle aussi pour le budget. Christian Piquet, lui, est depuis le début des discussions dans l’idée légitime de parvenir à faire bouger les lignes dans la majorité pour parvenir à un compromis et à un vote positif. Mais je pensais que Christian chercherait au final à renforcer le groupe en l’unifiant sur une position commune. Au point où l’on en est, ce ne peut être que l’abstention. Christian estime que le compromis obtenu sur l’amendement est très positif. Il rappelle d’ailleurs que Pierre Laurens, un autre dirigeant national du Front de Gauche, a obtenu la même victoire en Ile de France. C’est oublier qu’en Ile de France, les communistes ont voté contre la partie recettes du budget pour refuser l’austérité budgétaire. En Midi-Pyrénées, nous avons proposé 3 fois à Martin Malvy de faire procéder de la même manière à un vote distinct de la partie recette du budget. M. Malvy ne le souhaitait pas, indiquant que « l’on ne peut pas voter contre les recettes et pour les dépenses ». Au final, on doit bien se prononcer sur le vote tel qu’il nous est présenté. Christian décide de ne pas prendre part au vote du budget. Devant la difficulté à rassembler le groupe sur une position unie, nous décidons d’un commun accord la liberté de vote.

De retour en séance, Marie-Pierre Vieu, présidente du groupe, doit se livrer à un exercice rendu complexe et prononce quelques phrases pour exprimer l’appréciation commune du groupe sur le budget tout en annonçant la liberté de vote de chaque élu :

« Monsieur le Président,

Le groupe FdG laissera la liberté de vote à ses élus. Une majorité du groupe ne votera pas le budget 2013 et le manifestera par l’abstention ou le refus de prendre part au vote dans un cadre qui  parait tronqué. Deux voteront pour.

Notre vote est d’abord l’expression du refus du cadre budgétaire national  et de l’austérité qui nous est imposé. Cela nous a conduit à déposer un amendement pour mandater le Président de région afin d’obtenir de l’Etat le remboursement des 197 millions d’euros de charges nettes non compensées. Son adoption constitue pour nous un point d’appui pour toute la majorité régionale.

Ce refus ne repose pas sur un quelconque manichéisme, mais sur le fait que cinq années de casse des politiques publiques et de décentralisation imposées au forceps, sans moyens financiers correspondant, nous ont appris qu’il ne pouvait y avoir relance de la croissance dans cette logique- là ! Constatons que c’est pourtant l’orientation réaffirmée par Jean Marc Ayrault mardi avec son objectif de diminuer de plus de 3 points de PBI le poids de la dépense publique.

Notre groupe fait partie de cette majorité; nous avons participé à l’élaboration de ce budget 2013, aujourd’hui même au travers de nos amendements (sur la tarification scolaire, sur le remboursement des aides extra légales aux lycées privés…) notre souci premier a toujours été et reste de rendre la politique régionale la plus socialement utile,  pour répondre au besoin des populations et des territoires fortement impactés par la crise.

Notre vote constitue ensuite un signal d’alerte. Nous aurions aimé pouvoir voter un budget qui relance nos interventions et  dessine à l’échelle régionale, un « cordon sanitaire » contre l’austérité. Cela n’est pas le cas.

Car dès cette année, même si nos principales politiques sont maintenues, même si notre groupe FDG a obtenue des avancées par rapport au budget initial,  nous regrettons le resserrement des politiques régionales notamment dans leur dimension territoriale. Nicole Fréchou dans son intervention, parlait de l’éducation populaire, de la culture, de la politique de la ville, de l’agriculture ou de l’action sociale. Elle évoquait encore le développement de certaines politiques au détriment des prérogatives de l’Etat ; je pense à la formation professionnelle.

Une partie du mouvement  syndical parle d’un budget à l’ « ambition trop mesurée, trop soucieuse de préserver l’avenir », qui par trop de prudence contrarie une dynamique  que les acteurs économiques, sociaux, associatifs et culturels attendent. Et qu’un recours à l’emprunt ou à la diminution de l’autofinancement pourraient permettre. Cela résume bien notre état d’esprit.

Je voudrais enfin dire que notre groupe continuera à agir avec sa spécificité,  son autonomie en même temps que sa volonté de rassemblement de la majorité régionale pour une politique de gauche au service des midi-pyrénéens. »

Avec Martine, Nicole et Marie-Pierre, nous estimons nécessaire d’expliquer notre choix de l’abstention. Nous préparons donc un communiqué de presse donnant le sens de notre démarche politique tout en cherchant à ne pas mettre en difficulté le maintien de la cohésion du groupe d’élus :

 Budget de la Région 2013 : Pourquoi nous avons choisi l’abstention.

Elus du Front de Gauche, nous avons participé de façon autonome et conquérante aux débats budgétaires dans la majorité régionale.

 Après la volonté de changement exprimée par les français à l’occasion des élections présidentielles et législatives, nous aurions souhaité pouvoir voter un budget qui relance les interventions régionales pour l’activité  économique, la solidarité et la transition écologique.

 Les élus Front de Gauche ont bataillé contre l’acceptation du cadre austéritaire imposé par le gouvernement. Le plan de réduction des dépenses publiques de 60 milliards d’euros en 5 ans, le gel puis la baisse de 2,5 milliards des dotations aux collectivités, ne peuvent conduire qu’à une contraction de l’activité économique, à l’asphyxie de territoires, à l’augmentation du chômage et de la précarité. Nous refusons la perspective d’une austérité décentralisée.

 Alors que le Conseil Régional Midi Pyrénées est une des Régions les moins endettées de France, bénéficiant de marges budgétaires pour développer des choix dynamiques, nous regrettons le resserrement de budgets qui impactent directement la vie des gens et des bassins de vie comme les politiques territoriales, la politique de la ville, l’agriculture, la culture ou l’action sociale. La crise n’impose pas la contraction des politiques à l’échelle régionale mais au contraire, de nouvelles interventions en défense de l’emploi et la mise en place d’un bouclier social face à l’austérité.

 Les élus Front de Gauche ont tout de même gagné un premier pas vers la tarification sociale de la restauration scolaire des lycéens avec un budget de 500 000 euros débloqué pour le « fond social lycéen ». Ils ont aussi obtenu que le Conseil régional prenne toutes les mesures pour demander le remboursement des 197 millions de charges nettes non compensées depuis 2005 par l’Etat.

 Les élus Front de Gauche ont déposé 6 amendements budgétaires en Assemblée Plénière, notamment pour supprimer les financements facultatifs aux lycées privés car l’argent public doit aller en priorité au service public. Nous déplorons la manœuvre d’obstruction au débat démocratique des groupes PS et PRG qui ont annoncé voter contre tous les amendements du Front de Gauche et d’EELV avant même de les avoir examinés en Assemblée plénière.

 Tout en prenant pleinement notre place dans la majorité régionale, nous affirmons notre volonté de construire avec tous ceux qui attendent le changement, une alternative écologique et sociale à l’austérité.

Nicole FRECHOU, Martine PEREZ, Guilhem SERIEYS, Marie-Pierre VIEU,

Conseillers régionaux

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Militant au Parti de Gauche

Parti de gauche