Questions sur l’Aveyron : les réponses de Jean-Luc Mélenchon

Le journal Centre Presse a posé 3 questions aux candidats à la présidentielle sur les problématiques spécifiques à l’Aveyron. Vous trouverez ci-dessous les réponses de Jean-Luc Mélenchon.

Monsieur le rédacteur en chef de Centre Presse
Réponses de Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche à l’élection présidentielle.
Avec ses remerciements et ses cordiales salutations.

Emploi

En Aveyron, deux entreprises de l’industrie du bois viennent de fermer mettant 177 personnes au chômage, dans l’indifférence au regard de la mobilisation pour Lejaby ou Photowatt,. L’industrie de la mécanique, elle, peine à pourvoir les postes qu’elle propose. Quelle stratégie, ou quelle politique, comptez-vous mettre en place pour une meilleure adéquation entre l’offre et la demande d’emplois ? La formation est-elle une réponse suffisante ou faut-il revoir aussi en profondeur le rôle de Pôle emploi ?

Pôle emploi est sinistré car le pouvoir y a appliqué avec un aveuglement dogmatique ses préceptes libéraux. Il faudra donc tout revoir dans ce domaine. Mais pour lutter contre le chômage, il faut d’abord agir sur l’emploi lui-même. Je suis convaincu qu’une politique de plein emploi est possible. Le préalable c’est la définanciarisation de notre économie. Je veux rendre le pouvoir aux productifs. Les salariés auront ainsi un droit de veto sur les décisions stratégiques de l’entreprise. Ils pourront imposer des choix respectueux de l’emploi et du long terme au lieu de subir les décisions à courte vue d’actionnaires pressés d’empocher leurs dividendes avant de partir ailleurs. Un pôle public bancaire permettra d’appuyer les investissements utiles qui ne trouvent plus à se financer. Quel scandale de voir des entreprises comme Valaubrac et Amarilis fermer quand les commandes sont là !

Ensuite, nous ferons la planification écologique. Elle comporte une politique de relocalisation industrielle pour limiter les transports de marchandises producteurs de gaz à effet de serre. Des taxes kilométriques aux frontières obligeront à intégrer ce coût environnemental. D’autres chantiers seront lancés comme la transition énergétique ou la révolution du ferroutage. Toutes nos manières de produire et de consommer doivent être revues pour qu’elles soient compatibles avec le préservation de l’écosystème. L’intérêt général humain le commande car sinon l’humanité finira par détruire les conditions de sa propre vie sur Terre. Mais c’est aussi un immense défi technique, scientifique, industriel, un nouvel horizon productif pour le pays. Il impliquera tant de métiers nouveaux. Il exigera une élévation du niveau de qualification des travailleurs, déjà très élevé en France. Dès lors que la planification écologique sera mise en place nous pourrons planifier les besoins de formation correspondants. L’enseignement et la formation professionnels seront ici décisifs. Il faudra les relever car Nicolas Sarkozy les a accablés sans relâche. C’est une insulte à l’avenir que nous ne lui pardonnerons jamais. J’ajoute qu’en abandonnant le pays à la concurrence libre et non faussée, il a aussi condamné les territoires ruraux au déclin.

Dépendance

La pyramide des âges en Aveyron est une anticipation de celle de la France de 2030. La perte d’autonomie puis la dépendance sont au cœur des préoccupations de nombreuses familles, notamment par la lourdeur de la prise en charge qu’elles engendrent. La prise en charge de ce « 5e risque » par la Sécurité sociale avait été un temps évoquée. Qui contribuerait à cette prise en charge ? Pensez-vous que cette réponse suffise ou pensez-vous qu’il faudra rendre une assurance individuelle obligatoire ?

Nicolas Sarkozy parle de dépendance comme si les personnes concernées ne constituaient qu’une charge financière. Parlons plutôt d’autonomie. Car il ne s’agit pas seulement d’indemniser ou encore d’assister. L’objectif doit mais de créer les conditions économiques et sociales de l’autonomie tout au long de la vie. Dès qu’un besoin collectif apparaît, deux logiques s’affrontent. D’un côté les tenants de la capitalisation. Ils voient là un immense marché. Ce sont les partisans des assurances individuelles. De l’autre les partisans de la répartition parmi lesquels je me situe. Nous défendons un système solidaire. C’est le seul à même d’assurer l’égalité entre tous dans la fin de vie. Cela coûte cher ? Alors il faut des moyens nouveaux. Une partie du résultat de la contribution financière que nous créerons sur les revenus financiers des entreprises, des banques, et des ménages les plus riches, sera affectée à la perte d’autonomie. Cette contribution aurait représenté 40 milliards en 2009. Ensuite nous créerons des pôles départementaux de l’autonomie financés nationalement, adossés à des services publics pour la formation, l’accueil, la gestion de l’aide à domicile. Ceux-ci coordonneront les activités associatives et publiques de prise en charge des personnes en perte d’autonomie. Nous combattrons la flexibilité, la précarité, les bas salaires, qui minent le secteur de l’aide à domicile. L’aide à domicile, c’est une majorité de temps partiels non choisis. C’est un métier dur, fatigant. La nouvelle convention des salariés du réseau ADMR représente une perte annuelle de plusieurs centaines d’euros en laissant une partie des frais kilométriques à la charge des aides à domicile et travailleuses familiales. Nous instaurerons d’urgence un nouveau statut permettant à ces femmes de vivre dignement de ce travail indispensable. En premier lieu, elles bénéficieront d’une réévaluation salariale de 2 euros de l’heure.

D’autres mesures faciliteront la vie des personnes âgées et de leurs familles: augmentation du niveau des pensions, suppression des franchises médicales, des déremboursements de médicaments, fin de la tarification à l’activité à l’hôpital, soutien public à la préservation d’une égalité de l’offre médicale sur tous les territoires.

Ruralité

L’Aveyron est l’un des départements les plus sûrs de France. Selon les derniers recensements, ce territoire « gagne » des habitants depuis une quinzaine d’années. Mais dans le même temps, ces départements ruraux, éloignés des grands centres urbains, voient leur services publics réduits, ont des craintes pour l’avenir de leurs écoles, peinent à développer leur économie par les difficultés de communications (routières ou numériques) ou de mise en place de formation hautement qualifiante. Comment comptez-vous répondre à ce déficit d’aménagement du territoire qui engendre un sentiment d’abandon et d’inégalité ? L’Etat n’aurait-il pas intérêt à favoriser ces territoires aux modes de vie moins générateurs de violence et de délinquance ?

Ce qui génère de la violence, c’est la concentration de la misère et des handicaps sociaux : chômage, école surchargées, absence de services publics. Si on applique les mêmes potions libérales à l’Aveyron, l’insécurité augmentera aussi. Les moutons et l’air frais n’y feront rien.

Pour encourager l’installation de nouvelles populations dans votre département, il faut préserver et rétablir les services publics sur l’ensemble du territoire, relocaliser des productions industrielles et sauver l’agriculture paysanne.

Les zones rurales sont d’abord vivantes de leurs agriculteurs. La droite les a abandonnés à une libéralisation généralisée qui se traduit par la suppression constante d’exploitations et par la destruction de milliers d’emplois agricoles. Nous agirons à l’inverse pour faire de notre agriculture française un modèle de qualité, sans OGM, participant à la santé publique. Nous stopperons et inverserons le processus de concentration des exploitations et recréerons des emplois avec l’installation de jeunes agriculteurs. Mais ces emplois ne seront pas pourvus si l’on n’accorde pas une juste rémunération du travail agricole. Les pratiques de la grande distribution seront donc encadrées au moyen de prix minimum aux producteurs et de coefficients multiplicateurs maximums. Nous assurerons également le soutien aux filières labellisées, vivrières, courtes, de proximité, et biologiques. Au niveau européen, nous agirons pour une PAC cohérente avec l’objectif de la souveraineté alimentaire, centrant la production sur la réponse aux besoins du marché intérieur plutôt qu’aux échanges sur le marché international sur la base du moins disant social et environnemental.

Pour rétablir des services publics de qualité en zone rurale, il faudra désobéir aux directives européennes de libéralisation qui condamnent les territoires non rentables. Concernant les difficultés de communication, il est profondément injuste et anti-républicain que le gouvernement actuel et vos députés UMP reportent sur les collectivités locales des aménagements qui incombent à l’Etat. Avec le Front de Gauche, les collectivités locales seront allégées des plus de 100 millions qu’elles sont appelées à investir sur la RN88 à la place de l’Etat. Cette route n’empruntera pas la rocade de Rodez pour préserver la qualité de la vie et de l’air en agglomération. Enfin, le fret et le transport de voyageurs SNCF redeviendront de grandes priorités pour répondre aux défis écologiques et de désenclavement.

Be Sociable, Share!

Militant au Parti de Gauche

Parti de gauche