Interview paru dans Le Ruthénois

Interview de Guilhem Serieys, publiée dans l’hebdomadaire « Le Ruthénois » le 25 novembre 2011

Il est le premier candidat officiel et investi pour les législatives de 2012 sur la première circonscription de l’Aveyron. Membre du Parti de gauche, Guilhem Serieys représentera le Front de gauche pour ce scrutin. Il entend lors de la campagne débattre des idées plus que des questions de personnes.

Le Ruthénois : Pourquoi avoir choisi de vous porter candidat aux législatives ?

Guilhem Serieys : Au Front de gauche (FG), on souhaite faire porter le débat politique sur les idées et les projets, pas sur des questions de personnes. Je suis investi par les huit partis qui composent le Front de gauche. Je remercie celles et ceux qui m’ont fait confiance pour porter nos idées, plus que jamais d’actualité. C’est un collectif humain, militant et fraternel qui va mener cette campagne. C’est par l’implication citoyenne que l’on changera le cours des choses.

Comment avez-vous été désigné par votre camp ?

Il était prévu que ce soit un membre du Parti de gauche (PG) qui soit candidat sur la première circonscription de l’Aveyron. Il y a eu une désignation interne au PG avec un vote à bulletin secret. La candidature a ensuite été validée par les autres composantes du FG. Ma suppléante, Ghislaine Cerles est membre du PC et ouvrière à Marcillac. Le PC a validé un schéma départemental. Les autres composantes ont validé cette candidature nationalement.

Avez-vous d’ores et déjà des propositions pour les Aveyronnais ?

Le député est d’abord là pour porter les politiques nationales et pour légiférer. C’est d’abord sur ce point que je souhaite mettre Yves Censi face à ses responsabilités. Il doit assumer le débat public pour éclairer les citoyens. Ce sont d’abord ses choix nationaux qui ont des répercussions rétrogrades pour les habitants de notre circonscription. Par exemple, le non-renouvellement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite a des conséquences directes sur la suppression des services postaux, l’éducation de nos enfants, la santé. Je prends l’engagement de rétablir les postes supprimés, en particulier dans l’éducation. Je constate aussi que l’Aveyron est un territoire discriminé dans la République. C’est le rôle des députés d’assurer l’égalité de traitement entre les citoyens et les territoires. Ce qui se passe sur les routes fait froid dans le dos. Que le contribuable local soit appelé à payer plus de 50 millions d’euros à la place de l’État est scandaleux.

«Mettre Yves Censi face à ses responsabilités»

La polémique autour de la maison commune emploi formation (MCEF) illustre-t-elle également ce désengagement de l’État ?

Un député doit s’engager sur les dossiers des collectivités locales pour les aider. L’exemple de l’intégration du Centre d’information et d’orientation (CIO) dans la MCEF est frappant. On avait un engagement ferme du CIO pour intégrer ce bâtiment, en cohérence avec le projet de regroupement des organismes de formation et d’orientation. Le ministre de l’Éducation nationale est revenu sur cet engagement contre l’avis de toutes les personnes concernées. Que le député ne réponde pas à nos courriers est révélateur de son état d’esprit pour le moins absent.

Le PS n’a pas encore désigné son candidat pour les législatives. Cela vous surprend ?

Ce ne sont pas mes affaires. Quelque soit le candidat désigné, il défendra le programme du PS.

C’est sur le programme que l’on débattra, pas sur les qualités des uns ou des autres. Le programme du PS ne me paraît pas à la hauteur des enjeux. Pour sortir de la crise, les demi-mesures ne suffiront pas.

Le député Yves Censi n’a pas encore dévoilé ses intentions. Le considérez-vous candidat ?

Il n’y a pas de honte à être en campagne électorale. C’est noble, à condition d’accepter la confrontation de points de vue. Yves Censi, comme il y a 5 ans, est de retour sur sa circonscription. Je suppose donc qu’il souhaite être candidat à sa réélection. Qu’il le dise, ce serait plus simple.

Pensez-vous qu’il est possible de battre Yves Censi ?

Il n’y a pas de fatalité à voir les conditions de vie se dégrader, à accepter la seule politique prétendument possible : le néolibéralisme et l’austérité. Pour convaincre les électeurs, il faut affirmer que l’on peut gouverner autrement. Il est possible d’assurer à chacun de vivre dignement de son travail, d’abolir l’insécurité sociale, d’instaurer un revenu maximum pour stopper l’enrichissement sans fin de quelques-uns, d’être soigné selon ses besoins et non selon ses moyens, de voir ses enfants correctement éduqués. Pour tout cela, il faut accepter de partager les richesses. La France n’a jamais été aussi riche. Face à la rapacité de l’oligarchie financière, on se cache ou on résiste. Accepte-t-on que les agences de notation décident à la place des peuples ?

Le FG propose de réhabiliter le peuple dans sa souveraineté. Sinon, c’est le scénario grec qui se profile. Pour battre Yves Censi, nous avons besoin de l’implication de tous les résignés, les désespérés, les abstentionnistes qui n’entrevoient pas dans la politique une solution à leurs problèmes quotidiens. Ils doivent se mêler de leurs affaires.

«Je n’ai hérité de rien»

On en tend souvent à votre sujet deux critiques. On vous qualifie parfois de«fils de», votre père étant lui aussi engagé politiquement. Comment le prenez-vous ?

Je ne comprends pas. Mon père est engagé politiquement. Il a consacré une grande partie de sa vie aux idées de justice sociale. Il continue, mais n’a jamais eu de mandat important. Il a toujours dérangé par sa droiture, son refus du compromis. Je n’ai hérité de rien sinon de règles morales que je fais miennes : ne pas négocier ses convictions sur des coins de tables. Ce n’est pas le choix de la facilité. Même si ceux pour qui la politique se résume à une compétition entre individus ne peuvent pas le comprendre.

«Si j’avais voulu m’assurer à coup sûr des prolongations de mandats, je serais resté au PS»

On vous qualifie aussi souvent d’apparatchik qui fait carrière dans la politique sans n’avoir jamais travaillé…

C’est utilisé par ceux qui ne veulent pas m’affronter sur le terrain des idées. Je fais au mieux pour être à la hauteur des exigences de ceux que je représente. Mais je ne me vois pas faire ça toute ma vie. C’est usant et il faut renouveler. Après, c’est vrai que j’ai été élu alors que je finissais juste mes études supérieures. Mais si j’avais voulu m’assurer un parcours politique professionnel, je n’aurais pas fait campagne pour le «non» en 2005. Et je n’aurais pas quitté le PS en 2008. Si j’avais voulu m’assurer à coup sûr des prolongations de mandats, je serais resté au PS dont je pouvais devenir premier fédéral. J’étais trop en désaccord avec la nouvelle orientation du PS et j’ai fait le choix de l’assumer devant les électeurs. C’était un choix fidèle à mes convictions, mais aussi risqué. Mais le FG est aujourd’hui la deuxième force politique de gauche en France, avec 11 % des suffrages aux cantonales de 2011. Il n’est le satellite de personne. Notre indépendance est notre force.

Comment jugez-vous la campagne de Jean-Luc Mélenchon pour les présidentielles ?

Les propositions de Jean-Luc Mélenchon sont les plus efficaces pour sortir de la crise. Il est le seul à proposer une démarche cohérente, alternative à l’austérité et à la rigueur. L’austérité est un non-sens absolu. En contractant l’économie, on va encore diminuer le pouvoir d’achat donc diminuer la consommation et accroître le chômage. C’est le scénario grec. Il y a 4 mois la dette de ce pays représentait 120 % de son PIB. Aujourd’hui, elle en représente 160 %. Les remèdes des bons docteurs du FMI et de l’Europe autoritaire se révèlent pires que le mal. Il faut oser une politique inverse, avec le SMIC à 1700 € par exemple. Nous proposons aussi la mise en place de protections au niveau européen pour faire face à la concurrence agricole et industrielle des pays à bas coûts salariaux.

«Nous sommes prêts à la discussion avec le PS»

Est-ce que, comme Europe Écologie les Verts(EELV), le FG discute avec le PS ?

Je suis déçu de l’accord EELV–PS. Le projet d’EELV que j’ai lu avec attention me semblait plus proche du FG que du PS avec par exemple la VIe République, la retraite à 60 ans, la transition énergétique…

Dans l’accord avec le PS, leur programme a été raboté. Quitte à passer un accord programmatique avec le PS, ils n’avaient qu’à participer aux primaires socialistes. Pour notre part, notre indépendance n’est pas négociable. Notre programme diffère en de nombreux points de celui porté par François Hollande. Nous espérons que notre campagne aura le soutien des citoyens pour faire bouger les lignes à gauche. Nous sommes prêts à la discussion avec le PS, nous la réclamons même, mais dans le respect de l’identité de chacun. C’est le sens de l’offre de débats publics exprimée par Jean-Luc Mélenchon. C’est le seul moyen de rapprocher les points de vue à gauche autrement que par les marchandages de coin de table.

Mais la sortie de Mélenchon sur le «capitaine de pédalo» François Hollande, ne semble pas le meilleur moyen d’engager des discussions…

C’était un bon mot qui visait à exprimer la nécessité pour la gauche de tenir bon et non de tortiller face aux exigences des marchés financiers. La presse n’a retenu que celle d’une page entière d’interview et d’argumentaire contre la droite. Et cette phrase est somme toute assez légère en comparaison avec le mépris avec lequel Jean-Luc Mélenchon est traité par les responsables socialistes. Jean-Paul Huchon a par exemple déclaré que Mélenchon était «pire que Le Pen»…

La manœuvre vise à renforcer le vote utile PS et à empêcher le débat. Mais c’est profondément blessant et indigne.

Propos recueillis par Benjamin Laumaillé

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