Intervention à la Région sur la LGV

Assemblée Plénière du 28 février 2011-

Pour le groupe Front de Gauche :PCF-PG-GU

Intervention de Guilhem SERIEYS

 

LGV

 

 

Monsieur le Président,

Chers collègues,

 

Vous connaissez l’implication des élus du Front de gauche pour le transport collectif, pour le rail, comme élément central de la planification écologique, seul moyen d’action politique pour assurer la transition vers un mode de développement alternatif au tout libéral et respectueux de l’environnement.

 

Notre région s’est fortement impliquée pour rattraper notre retard d’infrastructures de Transports, en témoigne notre plan rail, le plus important de France. Nous avons plus que doublé le nombre de dessertes quotidiennes, mis en place une offre cadencée en matière d’horaire de renouvellement du  matériel, de politique tarifaire attractive.

 

Nous avons fait la preuve par l’exemple, en Midi-Pyrénées, que nos concitoyens sont disposés à utiliser les transports collectifs si ces derniers sont adaptés, cadencés et ne se traduisent pas par une perte de temps en comparaison de la voiture.

 

Un consensus s’est développé ici, il y a quelques années, d’une part contre un second aéroport et d’autre part autour de la perspective de la LGV Toulouse-Paris comme élément d’alternative et de substitution à la voiture et à l’avion.

Mais nous devons regarder l’évolution du dossier en face, pas avec un LGVisme béat. Clairement, le temps de trajet entre Toulouse et Paris est trop long, 5h17. Et le temps de trajet entre Toulouse et Barcelone encore plus long en regard des enjeux de notre territoire et pour nos concitoyens. Nous n’abordons pas la question de la LGV en soi car elle ne peut résumer les enjeux qui sont les nôtres aujourd’hui.

 

Nous abordons la question de la LGV dans le cadre d’une bataille politique globale pour le transport collectif , pour le rail.

 

Pour la première fois, nous est soumise pour discussion et vote la convention de financement du tronçon Tours-Bordeaux. Je le dis clairement. Il est une chose de payer en partie à la place de RFF et de l’Etat des infrastructures qui relèvent de leurs compétences.

Il en est une autre, d’accepter ici, un mode de financement en Partenariat Public Privé où les collectivités locales payent et un groupe financier qui va générer des profits. Le concessionnaire participe au financement à hauteur de 29% puis bénéficierait pendant 50 ans des péages d’utilisation de l’infrastructure.

 

Nous ne voterons pas ce protocole qui est soumis au vote aujourd’hui.  Nous nous abstiendrons en affirmant notre opposition au PPP, déclinaison de la construction libérale de l’Europe du Traité de Lisbonne. Nous sommes pour l’extension du service public ferroviaire, nous sommes pour renationaliser ce qui a été filialisé en 1996, c’est-à-dire RFF, nous ne mettrons pas un doigt de plus dans la logique de privatisation du rail. Et pour la partie Bordeaux-Toulouse, nous souhaitons une position claire de la majorité régionale contre dans l’hypothèse d’ un financement en PPP.

 

Je le dis concernant la perspective Bordeaux-Toulouse. Nous poserons dans les discussions d’autres éléments précis au delà du mode de financement à retenir.

La LGV ne peut prendre du sens du point de vu de l’intérêt général que si elle permet une extension du service ferroviaire, pas si elle implique une diminution du service global. Il est urgent d’avoir des réponses précises de l’Etat et de la SNCF.

 

Par exemple, quels sont les engagements de la SNCF concernant l’utilisation de la voie actuelle Bordeaux-Toulouse. On sait bien qu’il est difficile de faire tout coexister sur la voie actuelle avec des TER à 6O km/heure de vitesse commerciale. La LGV prendrait du sens avec en parallèle une grande politique du fret. Mais quel avenir au Fret public national et quelle planification concernant le fret des trains longs sur l’axe Bordeaux-Toulouse-Marseille ? Quelle continuité de Bordeaux-Toulouse dans un schéma de relation sud France et sud Europe vers Narbonne Marseille, Lyon, Barcelone ? C’est la réponse à ces questions, entre autres, qui permet de mesurer l’impact écologique de la construction d’une autre voie même si une étude plus précise doit être réalisée sur l’impact environnemental direct de la LGV. J’ajoute que RFF doit la transparence sur les tracés, sinon comment s’étonner que les populations se considèrent écarter de ce débat public.

 

Autre question : Quelles garanties sur le maintien et le développement des réseaux secondaires et des autres liaisons avec Paris ? Quel avenir pour Béziers-Neussargues ? Quel avenir au POLT ?  Liaisons nationales ou addition de TER ? Quand on voit aujourd’hui  la quasi-absence du POLT sur les centrales de réservation, on peut être inquiet. Si on considère que notre pays a besoin d’un service public ferroviaire pour l’égalité des citoyens et le progrès écologique et social, il faut que le réseau de transport soit maillé, organisé. Il faut maintenir et mettre en relation les 32000 km de lignes. Cela n’est pas compatible avec la concentration du réseau sur les lignes assurément rentables.

Si la rentabilité de la LGV nécessite  la diminution du reste du service ou un coût des billets exorbitant, nous devons au plus vite réajuster notre positionnement.

Est-ce la LGV pour le reste du réseau, ou la LGV contre le reste du réseau ? Seuls des engagements contractuels avec l’Etat et la SNCF peuvent y répondre. La majorité régionale doit porter fermement ces batailles d’intérêt général.

Les élus du Front de Gauche prendront leurs responsabilités en fonction des engagements pris par l’Etat et la SNCF.

Nous demandons qu’aucun engagement supplémentaire ne soit pris par la Région tant que la clarté ne sera pas faite sur les éléments que j’ai énoncés.

 

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Militant au Parti de Gauche

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